Pacte Finance-Climat à l’UNESCO

Le 15 mars 2018, le Collectif Pacte Finance-Climat (Climat 2020), qui est soutenu notamment par Nouvelle Donne et que notre Comité local a rejoint à son tour, a provoqué une rencontre internationale à la Maison de l’UNESCO (Paris). Il s’agissait à la fois de présenter le projet du Collectif, de faire se rencontrer des personnalités issues de mouvements, de philosophies, de pensées économiques diverses, voire divergentes sur nombre de sujets, mais qui ont accepté de se retrouver sur la nécessité d’agir collectivement sur la transition énergétique.

Petite rétrospective des interventions – dont certaines brillantes – venues de tous bords :

  • le Togolais Kako Nubukpo : « Nous aurons 600 millions de jeunes travailleurs africains dans 20 ans » ;
  • l’Anglais Denis McShane : « Il faut du consensus, certes, mais attention une loi est plus importante qu’un sermon » ;
  • Manuela Carmena, maire de Madrid : « Nous, les villes, détenons le plus de leviers pour réduire le carbone mais il faut les financements » ;
  • Jean-Marc Ayrault : « Ce serait un évènement mondial que le prochain sommet marque une priorité claire au traitement du chaos climatique, mais nous sommes trop habitués aux demi-mesures » ;
  • Laurence Parisot (Medef)  : « On n’a jamais eu autant besoin des scientifiques » ;
  • un député de l’Isère insiste sur le point de convergence qu’est le climat entre les problèmes de santé, de sécurité, d’économie, d’emploi, d’agriculture et biodiversité, de bâti et de mode de vie : « En une décision on touche à tous les secteurs de la politique, y compris gouvernance et justice » ;
  • le responsable de l’ADEME clarifie les chiffrages en création d’emplois ;
  • Mireille Martini de FinanceWatch : « Il faut faire aussi bien que le plan chinois « belt and road project » » ;
  • Manuel Domergue, le représentant de la Fondation Abbé-Pierre : « Les passoires énergétiques coutent très cher en santé » ;
  • Pascal Canfin défend un prix plancher à la tonne de carbone, le besoin de mécanismes de garantie pour les expérimentateurs énergétiques ;
  • Olivier Prigent, représentant de la Cour des Comptes européenne, présente un calcul précis du besoin de 1115 milliards d’euros par an pour financer la transition.

Des conclusions clairvoyantes de ces journées ont été présentées par Anne Hessel, Miguel Moratinos et Nicolas Hulot. Ce dernier craint l’inertie de nos systèmes ; il demande la mise en œuvre de la Taxe sur les Transactions Financières, promise depuis si longtemps. Le plan Climat sera, selon lui, le levier pour raccorder les citoyens avec l’Union européenne. Miguel Moratinos, lui, a cité Stephen Hawking : « L’intelligence, c’est l’habileté à s’adapter au changement. » Après avoir défendu l’idée d’un accord démocratique via un référendum européen, il a souligné le danger de la montée des populismes : il faut créer un récit commun nouveau et flécher la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre comme nouvel espoir commun en Europe.

Vous retrouverez quelques-unes de ces interventions en vidéo dans ce lien.

Nouvelle Donne Gironde continue d’appeler à signer l’appel pour un Pacte Finance-Climat sur le site dédié. Merci de le faire connaître autour de vous ! Il est dorénavant en 8 langues, alors profitez de la force d’internet pour que sa diffusion soit continentale !

Localement, nous soutenons le Collectif Pacte Finance-Climat/Gironde qui a depuis quelques jours sa page Facebook. Réservez dès maintenant votre soirée du mercredi 13 juin 2018 : une grande rencontre-débat à l’Athénée municipal de Bordeaux est programmée !

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Rencontre Nouvelle Donne Gironde

Nous invitons les adhérents et sympathisants à participer à la :

Rencontre Nouvelle Donne Gironde

samedi 10 mars 2018
de 14h00 à 17h00

Salle Robespierre
41 rue Dourout, Talence
(plan)

Ordre du jour :

  • le point sur la campagne Climat 2020 en Gironde (Nouvelle Donne y participe activement auprès de plein d’autres associations) ;
  • atelier de réflexion sur la réforme du bac et de l’enseignement supérieur par le gouvernement à partir de textes produits par Maylis (Nouvelle Donne Campus) ;
  • questions diverses.

Venez nombreux !

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Thomas Pesquet : reconditionnement d’un héros positif

Thomas Pesquet a voyagé dans l’espace, on a vu les photos en parcourant Paris Match chez le dentiste, et on pouvait rêver : ce jeune homme bien sous tout rapport, qui a forcément dû méditer sur le monde depuis son vaisseau, a-t-il trouvé terribles et dérisoires les querelles humaines depuis l’immensité galactique, et dès son retour quel sera le message de ce héros des étoiles ?

Les partis politiques en France ont perdu parce leurs slogans et leurs programmes ne sont plus crédibles pour les jeunes générations, ce qui a été confirmé lors des récentes élections en 2017. Suite à ce rejet, la voie est libre pour toutes les manipulations, tous les mensonges de certains pour s’emparer du pouvoir. Que faire ? Nouvelle Donne a un bon message, et avec notamment le partage du temps de travail, le défi du réchauffement climatique, la citoyenneté, notre parti propose une offre politique raisonnable sur ces thèmes plus que jamais d’actualité. Est-ce suffisant pour se faire entendre à l’heure de la téléréalité que regardent les ados dès qu’ils rentrent du collège, à l’époque des chaines d’info en continu avec leur recherche du buzz permanent ?

(suite…)

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Nouvelle Donne soutient le Collectif Climat 2020 !

Comme le Collectif Roosevelt, l’Association des Maires ruraux de France, Électriciens sans Frontières, Alternatiba, l’ADEME, France Nature Environnement, Enercoop, et beaucoup d’autres collectifs et associations, mais aussi des milliers de signataires (dont des signatures prestigieuses et variées comme celles de Michel Serres, Edgar Morin, Manuel Carmena (maire de Madrid), Anne Hidalgo, James Galbraith, Coline Serreau, Cyril Dion, Fred Vargas, Jean-Louis Etienne et tant d’autres…), Nouvelle Donne soutient l’appel européen lancé par le collectif Climat 2020 et vous invite à signer et diffuser cet appel autour de vous.

Depuis sa création, Nouvelle Donne considère que les crises économique, sociale, politique et environnementale sont profondément liées entre elles. Dans notre Charte éthique, nous soutenons par exemple que « la croissance matérielle infinie n’est ni possible ni souhaitable ; que le respect des écosystèmes et du vivant, la protection de la biodiversité et la lutte contre le dérèglement climatique s’imposent à tous. »

C’est donc en toute logique que, conformément à sa feuille de route, le bureau national a entamé fin 2017 une action en faveur d’une lutte européenne contre le réchauffement climatique, en soutenant le collectif Climat 2020. Le comité local de Nouvelle Donne Gironde s’y associe pleinement et appelle tous les adhérents et les sympathisants à signer l’appel du collectif Climat 2020, en cliquant sur ce lien et à aider à la diffusion de cette campagne.

L’appel s’appuie notamment sur les analyses de Jean Jouzel et Pierre Larrouturou, qui sont développées dans le livre Pour sortir du chaos climatique et financier.

2018 sera l’occasion de multiplier localement les actions en ce sens : un groupe local Climat 2020 va être créé en Gironde (comme partout en France). Pensez à vous inscrire sur ce lien pour y participer.

Vous pouvez également faire un don au collectif Climat 2020 sur ce lien.

Et vous pouvez diffuser le lien du site, de la page Facebook et suivre le compte Twitter du collectif Climat 2020.

Pour vous tenir au courant, vous pouvez aussi vous inscrire à la lettre d’infos du comité ND Gironde, via ce site ! C’est en bas à gauche sur la page d’accueil du site.

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Trois questions à Michèle Leclerc-Olive

Michèle Leclerc-Olive, sociologue,  est chargée de recherche au CNRS et à l’EHESS (plus de détail ici). Dans un ouvrage qu’elle a dirigé et qui a été publié en 2017, elle nous permet de découvrir par quels phénomènes se traduisent les prédations foncières, notamment dans le domaine minier. Cette question ne peut qu’interpeler les adhérents de Nouvelle Donne, dont la charte éthique rappelle dans son deuxième point : « Une trop grande disparité dans la répartition des richesses et des pouvoirs est génératrice de violence. »

Michèle Leclerc-Olive a accepté de se prêter au jeu des « Trois questions ».


1) Quelle définition donnez-vous à la notion de « prédations foncières » dans le cadre de vos travaux ?

Cette expression veut englober les accaparements de terre et les prédations minières, thèmes qui sont habituellement traités par des communautés disciplinaires différentes. De fait, lors de l’installation d’une exploitation minière, le mode de vie et l’usage de la terre par les populations locales s’en trouvent profondément modifiés : le village est déplacé, les paysans perdent leurs terres cultivables, l’eau est capturée, polluée, etc. Les conséquences sont diverses et elles ne sont même pas, contrairement aux prescriptions des codes miniers, intégralement réparées après le départ de la société minière (qui vient extraire, rappelons-le, des ressources non renouvelables). Proposer cette expression, c’est suggérer que le rapprochement de ces deux types de pratiques les éclaire réciproquement. C’est au fond une invitation à déplacer le regard et à essayer de voir le phénomène du point de vue des populations directement concernées par les activités économiques des sociétés multinationales.

D’ailleurs, nous ne l’avons pas fait, mais il serait tout aussi fécond d’examiner les pêches pratiquées par des bateaux-usines étrangers dans les eaux territoriales d’un pays sous cet angle des « prédations » d’un bien public.

(suite…)

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Vers une Europe des États plurinationaux ?

En novembre 2017, Anne Poulain Romanet, adhérente de Nouvelle Donne en Gironde, donne son point de vue sur les événements qui ont enflammé la Catalogne cet automne. Vous trouverez deux autres points de vue ici et ici.

Mais qui sont vraiment les indépendantistes catalans ?

Je n’ai pas pu m’empêcher d’avoir un a priori de sympathie à l’égard des indépendantistes catalans, comme une solidarité avec tous ceux qui luttent pour un mieux vivre ensemble, une société plus fraternelle, plus unie et plus juste. Sympathie et solidarité bien sûr, également, avec ceux qui dénoncent l’autoritarisme et l’orientation néolibérale des gouvernements européens.

L’identité catalane est forte et constitue un ciment puissant entre les individus. Le peuple catalan existe. Mais que signifie aujourd’hui « un peuple », à l’intérieur d’une nation moderne, quels sont ses droits et ses devoirs ?

Lorsque les catalans ont été appelés à voter, j’ai pensé que le résultat du vote ne serait en aucun cas opposable, suffisant pour une déclaration d’indépendance. Les conditions d’un vote démocratique n’étaient pas réunies. Il était, pour moi, un vote utile de protestation contre l’autoritarisme du gouvernement espagnol.

En effet, il ne faut pas oublier que le gouvernement espagnol a limité l’autonomie catalane, obtenue après la mort de Franco. Comme le rappelle Diem 25, « la Cour Constitutionnelle espagnole a annulé les politiques décidées par le Parlement Catalan, y compris : le revenu de base garanti, des mesures de réduction de la pauvreté, une taxe sur les déchets nucléaires, une autre sur les boissons sucrées, etc. Plus récemment, Madrid a imposé des restrictions drastiques au droit de la ville de Barcelone à utiliser son excédent budgétaire pour réaliser des projets sociaux et a interdit que des réfugiés soient logés dans des locaux que la ville avait construits à cet effet ».

A la suite de la déclaration d’indépendance du 27 octobre 2017, suspendue le 31 octobre par Madrid, la situation en Catalogne, en Espagne, et donc en Europe, est devenue grave et délicate. Suspension des institutions catalanes autonomes, destitution officielle de 150 personnes de leurs postes administratifs et institutionnels, destitution du président séparatiste Carles Puigdemont, dissolution du parlement régional catalan, emprisonnement de 9 ministres accusés de rébellion à la Constitution, fuite en Belgique de Puigdemont et de 4 conseillers, reprise en main par le gouvernement central, convocations d’élections régionales anticipées le 21 décembre : les événements effarants, souvent violents et disproportionnés semble-t-il, se succèdent.

Pablo Iglesias dit : « J’ai honte que l’on emprisonne des opposants dans mon pays. Nous ne voulons pas l’indépendance de la Catalogne, mais nous disons : liberté aux prisonniers politiques. »

(suite…)

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Catalogne indépendante, entre utopie et malaise

Le 9 Novembre 2017, Marc Beirnaert, adhérent de Nouvelle Donne en Gironde, donne son point de vue sur les événements qui ont enflammé la Catalogne cet automne. Vous trouverez deux autres points de vue ici et ici.

Depuis plus d’un mois, on entend parler des velléités d’indépendance de la Catalogne, et comme l’affaire a été largement commentée, je préfère relater une impression ressentie sur place fin septembre à Barcelone. Je préviens tout de suite ne pas avoir de position neutre, loin s’en faut, trouvant ce processus d’indépendance biaisé et manipulé par des forces contradictoires, et mon opinion en a été renforcée en voyant comment se comportait la population la veille du référendum du 1er Octobre 2017.

Nous étions à Barcelone, invités par une amie japonaise à participer à sa performance autour de la cérémonie traditionnelle du thé à l’espace Mies Van der Rohe à côté de la place d’Espagne. Le bâtiment aux lignes claires et sobres se prêtait parfaitement à une telle manifestation artistique, et tout se déroula bien, zen dirons-nous, dans l’après-midi, durant la première séance. Lors de la pause vers 18 heures, on vit arriver de l’autre côté de l’esplanade des camionnettes chargées de drapeaux, d’affiches, de hauts-parleurs, et en moins d’une heure se trouvèrent installés tous les composants pour un meeting de grande envergure. Curieux, je m’approchai d’une jeune militante enroulée dans un drapeau catalan pour lui demander des précisions. Elle me répondit en anglais qu’il s’agissait de la plus grande manifestation prévue en faveur du oui au référendum et que 80 % de la population catalane voulait l’indépendance.

La seconde cérémonie du thé de la journée reprit de manière plus compliquée à 21 heures, parce qu’une foule énorme de militants pour le oui à cinquante mètres de l’autre côté applaudissait bruyamment aux discours et aux chants catalans. On y conspuait en vrac et joyeusement l’État espagnol, responsable de tous les maux du pays, les flics aux ordres comme sous Franco, on y réclamait le droit à la liberté, avec des affiches représentant des bouches fermées pour exiger la démocratie, parfois des slogans d’une autre époque, comme ce No Pasaran tout droit issu de la guerre d’Espagne. Ces appels à l’insurrection par les urnes à l’aide de slogans guerriers d’une autre époque formaient en réalité une sorte de happening géant peu crédible politiquement, mais d’une très grande force, et peu à peu, au milieu de tous ces jeunes manifestants chaleureux, sympathiques, on se laissait porter par leur enthousiasme. Avec toutefois un malaise : qui les avait ainsi radicalisés ? où étaient leurs ennemis ? Qui les opprimait ? Depuis notre arrivée, il m’avait semblé être dans un pays libre, ouvert, agréable, l’un de ces endroits au monde qui font rêver. Que voulaient-ils qu’ils n’ont pas déjà ? L’enseignement à l’école se fait en catalan, c’est la langue officielle (bien qu’en réalité la plupart des Barcelonais s’expriment en castillan dans les rues sans trop l’avouer publiquement). La province est autonome pour la justice, la police, la santé, toutes les opinions politiques sont libres, autant dire qu’on est loin d’une dictature fasciste telle que l’avait connue le pays il y a quarante ans.

(suite…)

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La « Grande Muraille Verte » : solution d’avenir ou miroir aux alouettes ?

Une barrière verte à l’épreuve des hommes et du climat

L’Union Africaine, soutenue par le Programme des Nations Unies pour l’Environnement et l’Union Européenne, a lancé un projet transfrontalier dès 2007 pour lutter contre le réchauffement climatique et la désertification au Sahel, intitulé : « la Grande Muraille Verte ». Cette initiative réunit plus de 20 pays de la région sahélo-saharienne et reçoit le soutien de nombreuses organisations régionales et internationales. Il s’agit de créer en une décennie (horizon 2025) une ceinture végétale de 7500 Km sur 15 Km de large, allant de Dakar à Djibouti, en plantant des arbres pour régénérer les sols, et susciter ainsi des activités pastorales et agricoles qui transformeront le quotidien de milliers de personnes. Le projet ambitionne d’absorber 250 millions de tonnes de CO2/an, de créer 350 000 emplois, ainsi que de permettre l’auto-suffisance alimentaire pour 20 millions de personnes. Le Sénégal a déjà obtenu des résultats positifs par la plantation d’environ 2 millions d’acacias par an : retour des oiseaux, apparition de nouvelles plantes, création de jardins maraîchers.

Confronté à de nombreuses critiques (« trop coûteux, trop idéaliste »), le projet « Grande Muraille Verte » reçoit quand même le soutien de l’UE qui estime que l’initiative s’attaque aux problèmes de fond de cette partie du monde : dettes, pauvreté, régimes dictatoriaux, corruption, conflits, terrorisme, réchauffement climatique, expansion démographique, migrations internes et externes. Ce projet colossal est également révélateur du potentiel des initiatives locales de la société civile africaine pour construire son avenir dans une perspective de développement durable.

Nouvelle Donne soutient les propositions visant à aider les pays africains à développer leurs nombreux atouts en toute autonomie et au bénéfice des populations : ressources naturelles, ingénierie agricole, richesses culturelles, éco-tourisme, économie sociale et solidaire…

Mais qu’en sera-t-il sur le terrain ?

A travers ce projet emblématique, on peut en ce sens s’interroger sur la priorité des objectifs visés par les responsables des États engagés et l’UE : barrière verte contre le réchauffement climatique, ou simple marketing vert contre la migration aujourd’hui incontrôlable vers la riche Europe ?

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C politique : La Belle et le Sauvage

L’espace de la télé, en principe sous contrôle total, nous réserve des surprises quand il craque lors d’un direct. Karim Rissouli y avait-il pensé ce froid dimanche 21 Janvier en présentant les intervenants de son émission « C politique » sur France 5 ? Il règne une ambiance particulière sur ce plateau, à la fois polie, sérieuse et pertinente, qui est depuis sa création la clé de son succès d’audience. On y voit des gens civilisés, éduqués et parés à tout, débattre avec intelligence grâce à leur solide connaissance des codes de la profession. La décision avait été prise par le gouvernement de mettre un terme au projet d’aéroport à Notre Dame des Landes et par conséquence en finir avec la ZAD. Les chroniqueurs autour de la table préparent gentiment leurs dossiers et leurs questions à ce propos, quand apparaissent à l’écran les deux invités. Un choc.

D’un côté, une jeune femme brune aux longs cheveux, souriante et posée, habillée avec la classe naturelle de celles dont le choix des vêtements et le chic de l’ensemble soulignent le plus simplement possible leur position sociale. Elle s’appelle Brune Poirson, et Macron l’a faite princesse au ministère de l’écologie, tremplin évident vers un poste plus important à en croire sa courte bio de jeune femme bien sous tous rapports, qui a été l’élue surprise de la région PACA suite au renoncement de Marion Maréchal Le Pen dans la même circonscription. Âgée de 31 ans, la jolie Brune a déjà travaillé aux lointaines Amériques et en Inde où elle s’occupait d’eau potable, d’où son poste au ministère de l’écologie.

Fort différent est son interlocuteur : un grand aux cheveux longs et à la barbe en épi ayant bénéficié d’un rasage sommaire juste avant de passer à l’antenne, les yeux perdus au loin, vêtements hippies et probables odeur de fromage de chèvre dans le studio, comme s’il n’était pas encore sorti des sentiers boueux de la ZAD, l’air décalé, et pour résumer pas du tout à sa place. Encore moins quand il décline son identité : « appelez-moi Neuf-Neuf, c’est mon pseudo zadiste ». Pourquoi pas Neu-Neu ? ont dû penser nombre de téléspectateurs, vu son air con à première vue.

Les questions se mirent à fuser : Karim, Brune, Camille, Neuf-Neuf, Thomas, aller-retours sur la décroissance, la société libérale, une évacuation douce ou brutale, etc. Intéressantes problématiques, certes, mais toutes connues et commentées ailleurs depuis trop longtemps pour nous retenir une fois de plus. En principe, tout le monde aurait dû zapper. Mais il se passa quelque chose, une sorte d’échange dans l’échange, sans paroles, entre la jeune ministre et le zadiste qui tous deux crevaient l’écran. Tandis qu’elle s’adressait à lui avec l’aisance de sa position sociale pour évoquer les bienfaits des décisions macroniennes sur le sujet, Neuf-Neuf répondit sur autre chose, peu importe, en articulant lentement, comme si le séjour prolongé dans l’utopie de la ZAD avait altéré son élocution. Mais en fait, sans qu’on puisse l’entendre, avec les yeux, il lui tint à peu près ce langage :  » Viens ma belle, allons dans mes bois contestataires qui, je le sais, vont accueillir nos étreintes, nos vies auront un sens loin de cette émission, laissons tous ces gens discuter des bêtises humaines entre eux « . Le studio parut se dissoudre, les chroniqueurs à l’arrêt, suspendus sur leurs sièges hauts. La belle brune se fit dévorer en direct par l’insolite bête décivilisée, elle devint la lady Chatterley d’un amant découvert presque trop tard, durant cette traversée de l’espace télévisuel pour elle, et celui de la contestation champêtre pour lui, Neuf-Neuf, l’impossible bûcheron qui campe depuis des années sur la piste d’un aéroport qui ne se fera pas, et qui est finalement venu s’emparer de sa belle inattendue en direct à la télé.

Ce fut intense, et sans doute la chose la plus vraie sur un écran depuis fort longtemps, parce qu’on pouvait aussi bien ne rien voir de tout ça. La télé avait réussi cette unique fois l’impossible capture de l’imaginaire en direct. Puis le débat prit fin comme il avait commencé, poliment, et les choses se rangèrent à leur place sur les étagères de l’audiovisuel. On peut se demander si tout cela ne fut pas une simple illusion, et d’ailleurs il est probable que ces deux êtres que tout sépare dans la société ne se rencontreront plus jamais dans tous les cas.

Marc Beirnaert

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Noël sans le petit Jésus

Chaque année, je trompe mon monde
Le père Noël

Qui n’est pas saisi de voir dès le mois d’Octobre ces rayons de jouets à l’infini dans les supermarchés, ces guirlandes et ces boules dorées, ces prémices de Noël ? Et saisi, non du plaisir qu’il y aura à préparer cette fête obligatoire, mais plutôt d’une angoisse à devoir absolument en faire partie. Et qui a envie de ne pas en être ce soir-là ? On se tuerait pour moins, quitte à se retrouver avec une famille que l’on déteste au pied du sapin. Noël fait peur, mais on n’a pas le droit de le dire, et briser ainsi le tabou universel.

Un peu d’histoire. Noël n’a pas toujours été ce délire de surconsommation de foie gras et d’huîtres, ou encore de ces soi-disant plats de fête (au nom de laquelle on oublie d’ailleurs subitement toute considération écologique), ni ce phénomène des cadeaux inutiles revendus dès le lendemain sur Internet. J’ai personnellement connu des Noël catholiques, des vrais. On attendait la messe de minuit avec impatience, et surtout en ayant faim : comme il fallait jeûner avant de recevoir la communion, les enfants de choeurs que nous étions n’avaient pas eu de repas du soir. Après l’office, les chants, l’annonce de la naissance du petit Jésus, nous partions dans l’air froid, parfois dans la neige, jusqu’à la maison où nous attendait le réveillon. On avait droit à une volaille rôtie au coeur de la nuit, que nous dévorions, et puis au dessert les enfants commençaient à tourner autour de la crèche où le petit Jésus avait été installé entre les santons de la vierge Marie et de Joseph, sous le regard de l’âne et du boeuf, avec au loin les rois mages qui s’approchaient au fond du décor en carton qui servait de grotte de la nativité. Comme cadeau, des sucreries et puis telle année par extraordinaire un vélo neuf, telle autre un circuit de petites voitures, ou plus simplement et habituellement un livre de la collection « Signe de piste » qui exaltait les valeurs du scoutisme.

La société de consommation a balayé tout ça. Or, comme il est question d’une fête religieuse qui ne concerne en principe que les chrétiens, donc une minorité pratiquante aujourd’hui, très logiquement Noël ne devrait pas donner lieu à de telles réjouissances. C’était sans compter sur le triomphe du modèle américain, sa capacité à faire du profit de tout. Le père Noël, l’incontournable papa gâteau et son traîneau depuis la Finlande jusqu’à Hollywood, nous interdit la moindre critique, on le célèbre dans le monde entier, même en pleine guerre – la fameuse trêve de Noël. Certains le fêtent entre riches au soleil, là où l’incongruité des vêtements d’hiver du gros bonhomme en rouge sera l’oxymore d’une mondialisation heureuse, forcément heureuse. Mais riches ou pauvres, pas question d’y échapper. Le droit à la tyrannie du bonheur est symbolisé par ce si bienveillant petit papa Noël, et malheur à qui n’en veut pas, ou plutôt ose émettre l’idée qu’il y a autre chose pour trouver un sens à sa vie.

Personnellement, j’attendrai le 24 décembre en espérant, comme d’habitude, et comme tout le monde ou presque, que Noël se passe bien, et qu’on en soit ainsi délivrés jusqu’à l’année prochaine.

Marc Beirnaert (novembre 2017)

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Réduire le temps de travail : la clé de l’épanouissement des Français ?

Jeremy Jeanningros

En octobre 2017, Jeremy Jeanningros, étudiant en journalisme à l’IEP de Bordeaux, a contacté Nouvelle Donne Gironde pour connaître nos idées au sujet de la réduction du temps de travail. Sujet de prédilection s’il en est des adhérents de Nouvelle Donne, puisque cette idée est au coeur de nos propositions dans la lutte contre le chômage de masse. Nous reproduisons ci-dessous le texte qu’il a rédigé, avec son accord. Le lecteur qui voudra approfondir la question pourra lire les articles que nous avons consacrés à ce sujet ici, ici ou bien ici, ou encore trouver les arguments les plus pointus dans le livre de Dominique Méda et Pierre Larrouturou, Einstein avait raison. Vous pouvez aussi voir l’audition de Pierre Larrouturou à l’Assemblée Nationale en octobre 2014 : ici


Face au nombre élevé de burn-out et à la persistance du chômage de masse, chiffré à 6 635 500 pour le mois de septembre 2017, la réduction du temps de travail apparaît toujours comme une solution pour améliorer le moral des Français.

Au cours de leur carrière, 36 % des Français ont connu un burn-out, d’après une enquête de la CFDT « Parlons travail » en mars 2017. Dans le même temps, le chômage peine à se résorber, en baisse de 1,8 % en septembre. À l’heure où le gouvernement réforme le code du travail vers plus de flexibilité, il est légitime de se demander si une meilleure répartition du temps de travail entre les salariés ne serait pas préférable.

Le temps de travail hebdomadaire moyen s’établit depuis plusieurs années autour de 39h, selon l’Insee. « Si les parts du gâteau sont davantage partagées, en ramenant le temps de travail légal à 32h, par exemple, cela libère des heures de travail pour d’autres » explique Jean-Claude, militant à la CGT de Gironde.

Par ailleurs, la baisse du temps de travail légal ne génère pas nécessairement une baisse de pouvoir d’achat. « Si le travail est mieux partagé et le chômage de masse endigué, les salariés pourront peser davantage dans le rapport de force salariat-patronat pour négocier les salaires à la hausse », ajoute Cyril Mouquet, candidat Nouvelle Donne aux élections législatives à Bordeaux.

Si les liens de causalité entre réduction du temps de travail et chômage sont encore flous, l’impact de cette mesure sur l’épanouissement au travail ne serait pas négligeable. Le constat est alarmant : selon un sondage IFOP datant d’avril 2016, seuls 30 % des Français estimaient que le travail était un moyen d’épanouissement personnel.  Or, pour Jean-Claude, « un salarié heureux au travail est plus productif ». Cyril Mouquet (Nouvelle Donne), partisan de la semaine de 4 jours, estime que ce dispositif innovant offrirait « une journée supplémentaire pour se consacrer à des activités associatives et culturelles, et réaliser pleinement son rôle de citoyen, à savoir s’investir dans la vie politique ».

Pour remédier au burn-out, la question de la reconnaissance du droit au repos apparaît essentielle.

Gilles Auzéro, juriste de l’université de Bordeaux et membre du « Groupe de recherche pour un autre code du travail » (GR-Pact) souligne que « le droit au repos va devenir un droit fondamental, mais il n’est pas suffisamment encadré par le droit du travail. » Le 18 octobre 2017, à l’occasion de son discours devant les forces de l’ordre à l’Elysée, Emmanuel Macron annonçait, par exemple, qu’il allait réduire le temps de repos des gendarmes. Et ce, malgré la directive européenne de 2003 imposant un repos légal de onze heures entre deux journées de travail.

Jeremy Jeanningros, étudiant en journalisme à l’IEP de Bordeaux

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Catalogne : double face ?

En novembre 2017, Françoise Fize, adhérente de Nouvelle Donne en Gironde, donne son point de vue sur les événements qui ont enflammé la Catalogne cet automne. Vous trouverez deux autres points de vue ici et ici.

Je ne connaissais pas grand chose de la question catalane. Je n’en savais pas suffisamment pour prendre position mais je me suis interrogée à la fois sur le « pourquoi », le « comment » des deux parties. Comme beaucoup, j’ai suivi les événements via les images, les commentaires des médias. Dans un premier temps, j’ai vu dans ces rassemblements pour l’indépendance des signes positifs : des citoyens qui expriment leurs opinions, s’organisent pour se prendre en main, affirment vouloir construire un avenir meilleur. J’ai pu me reconnaître dans ces aspirations, ces actions. J’ai eu envie de dire bonne chance à eux, qu’ils aillent jusqu’au bout. Et puis surprises, interrogations après les contre-manifestations. Encore plus perplexe après avoir lu que la maire de Barcelone, Ada Colau, a accusé le gouvernement catalan destitué de Carles Puigdemont d’avoir mené la Catalogne « au désastre », en estimant que la majorité de ses habitants « ne voulait pas » d’une déclaration d’indépendance, que le référendum d’octobre n’était pas inscrit dans un processus démocratique. Et de nouveau pour moi des questions autour du respect des opinions de chacun, des réflexions au sujet de l’équilibre entre majorité et minorité. De nouveau pour moi, un sentiment de découragement, d’échec comme si toutes les tentatives de faire émerger les nouvelles façons de s’organiser, de s’exprimer individuellement et collectivement se heurtaient irrémédiablement contre les murs qui nous enferment. Enfermement consolidé par les certitudes de détenir la vérité de chaque coté. On n’y arriverait donc jamais ? Je me dis que si, nous, on y arriverait !

(suite…)

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