Catalogne : double face ?

En novembre 2017, Françoise Fize, adhérente de Nouvelle Donne en Gironde, donne son point de vue sur les événements qui ont enflammé la Catalogne cet automne. Vous trouverez deux autres points de vue ici et ici.

Je ne connaissais pas grand chose de la question catalane. Je n’en savais pas suffisamment pour prendre position mais je me suis interrogée à la fois sur le « pourquoi », le « comment » des deux parties. Comme beaucoup, j’ai suivi les événements via les images, les commentaires des médias. Dans un premier temps, j’ai vu dans ces rassemblements pour l’indépendance des signes positifs : des citoyens qui expriment leurs opinions, s’organisent pour se prendre en main, affirment vouloir construire un avenir meilleur. J’ai pu me reconnaître dans ces aspirations, ces actions. J’ai eu envie de dire bonne chance à eux, qu’ils aillent jusqu’au bout. Et puis surprises, interrogations après les contre-manifestations. Encore plus perplexe après avoir lu que la maire de Barcelone, Ada Colau, a accusé le gouvernement catalan destitué de Carles Puigdemont d’avoir mené la Catalogne « au désastre », en estimant que la majorité de ses habitants « ne voulait pas » d’une déclaration d’indépendance, que le référendum d’octobre n’était pas inscrit dans un processus démocratique. Et de nouveau pour moi des questions autour du respect des opinions de chacun, des réflexions au sujet de l’équilibre entre majorité et minorité. De nouveau pour moi, un sentiment de découragement, d’échec comme si toutes les tentatives de faire émerger les nouvelles façons de s’organiser, de s’exprimer individuellement et collectivement se heurtaient irrémédiablement contre les murs qui nous enferment. Enfermement consolidé par les certitudes de détenir la vérité de chaque coté. On n’y arriverait donc jamais ? Je me dis que si, nous, on y arriverait !

Je me dis qu’il nous faut chercher encore et encore, je me dis qu’il nous faut trouver. C’est en cela que je trouve ma motivation. Les Catalans, où trouvent-t-ils leurs motivations ? La jeunesse catalane brandissant les revendications de liberté, que veut-elle ? La liberté d’aller et venir, la liberté de penser, la liberté de s’exprimer, la liberté de choisir sa vie, ça n’existe pas à Espagne ? Et si ça n’existe pas en Espagne, cela existerait-il mieux en Catalogne Indépendante ?

La jeunesse a besoin de trouver du sens et de croire en l’avenir, la jeunesse a besoin de comprendre que nous n’avons pas perdu collectivement cette quête de sens et d’espoir. Et que montrons-nous ? Un monde qui organise la méfiance envers l’autre, un monde régi par le rejet du différent, un monde qui valorise les plus forts, un monde qui s’administre avec un pouvoir égocentrique et égocentré…..

Ce sens que nous cherchons se trouverait-il seulement dans l’Indépendance ?

Mais l’Indépendance ne serait-elle pas une médaille à double face ?

Face Lumière : l’élan joyeux, fraternel, pour un monde nouveau. Face Obscurité : le repli sur soi, sur sa communauté.

J’ai d’abord vu la face Lumière parce que c’est celle que je voulais voir. Il m’a fallu un peu de temps pour voir la face Obscurité. Je l’ai vue dans les motivations partisanes. Je la vérifie dans « j’ai réussi et j’ai des richesses que je ne veux pas partager ». Je l’entends dans les explications quotidiennes au sujet des réformes présentées comme nécessaires et vitales.

Cette face obscure nous inonde en Catalogne, en France, en Europe avec le Brexit et les prochains référendums de 2018 pour l’autonomie en Lombardie, en Vénétie, ainsi qu’avec la partition de l’État belge. Cette face obscure nous envahit à travers tous les discours des partis d’extrême droite. Elle nous infeste en gagnant du terrain dans les élections.

Au fur et à mesure, les Catalans et les Espagnols n’iront-ils pas de la lumière à l’obscurité si chaque partie reste sur ses positions ? Les prochaines élections de décembre seront révélatrices.

À nous de voir, de comprendre pour en tirer des enseignements. À nous de savoir instituer des lieux, des temps, des instances de dialogue et de partage d’idées, à nous d’imaginer et de mettre en œuvre l’espoir commun d’un monde meilleur.

Françoise Fize

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