Noël sans le petit Jésus

Chaque année, je trompe mon monde
Le père Noël

Qui n’est pas saisi de voir dès le mois d’Octobre ces rayons de jouets à l’infini dans les supermarchés, ces guirlandes et ces boules dorées, ces prémices de Noël ? Et saisi, non du plaisir qu’il y aura à préparer cette fête obligatoire, mais plutôt d’une angoisse à devoir absolument en faire partie. Et qui a envie de ne pas en être ce soir-là ? On se tuerait pour moins, quitte à se retrouver avec une famille que l’on déteste au pied du sapin. Noël fait peur, mais on n’a pas le droit de le dire, et briser ainsi le tabou universel.

Un peu d’histoire. Noël n’a pas toujours été ce délire de surconsommation de foie gras et d’huîtres, ou encore de ces soi-disant plats de fête (au nom de laquelle on oublie d’ailleurs subitement toute considération écologique), ni ce phénomène des cadeaux inutiles revendus dès le lendemain sur Internet. J’ai personnellement connu des Noël catholiques, des vrais. On attendait la messe de minuit avec impatience, et surtout en ayant faim : comme il fallait jeûner avant de recevoir la communion, les enfants de choeurs que nous étions n’avaient pas eu de repas du soir. Après l’office, les chants, l’annonce de la naissance du petit Jésus, nous partions dans l’air froid, parfois dans la neige, jusqu’à la maison où nous attendait le réveillon. On avait droit à une volaille rôtie au coeur de la nuit, que nous dévorions, et puis au dessert les enfants commençaient à tourner autour de la crèche où le petit Jésus avait été installé entre les santons de la vierge Marie et de Joseph, sous le regard de l’âne et du boeuf, avec au loin les rois mages qui s’approchaient au fond du décor en carton qui servait de grotte de la nativité. Comme cadeau, des sucreries et puis telle année par extraordinaire un vélo neuf, telle autre un circuit de petites voitures, ou plus simplement et habituellement un livre de la collection « Signe de piste » qui exaltait les valeurs du scoutisme.

La société de consommation a balayé tout ça. Or, comme il est question d’une fête religieuse qui ne concerne en principe que les chrétiens, donc une minorité pratiquante aujourd’hui, très logiquement Noël ne devrait pas donner lieu à de telles réjouissances. C’était sans compter sur le triomphe du modèle américain, sa capacité à faire du profit de tout. Le père Noël, l’incontournable papa gâteau et son traîneau depuis la Finlande jusqu’à Hollywood, nous interdit la moindre critique, on le célèbre dans le monde entier, même en pleine guerre – la fameuse trêve de Noël. Certains le fêtent entre riches au soleil, là où l’incongruité des vêtements d’hiver du gros bonhomme en rouge sera l’oxymore d’une mondialisation heureuse, forcément heureuse. Mais riches ou pauvres, pas question d’y échapper. Le droit à la tyrannie du bonheur est symbolisé par ce si bienveillant petit papa Noël, et malheur à qui n’en veut pas, ou plutôt ose émettre l’idée qu’il y a autre chose pour trouver un sens à sa vie.

Personnellement, j’attendrai le 24 décembre en espérant, comme d’habitude, et comme tout le monde ou presque, que Noël se passe bien, et qu’on en soit ainsi délivrés jusqu’à l’année prochaine.

Marc Beirnaert (novembre 2017)

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2 commentaires sur “Noël sans le petit Jésus”

  1. Badet Dominique dit :

    Marc m »ayant expliqué son intervention (Merci ), nous voilà en phase sur le fond..

    Amitiés
    Dominique B.

  2. Badet Dominique dit :

    Un peu gêné par ton prosélytisme sur un site de ND!
    Et tous ces athées qui doivent subir ça (Noël, Paques et le reste) Marc!
    Amitiés
    Dominique

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